Triomphe pour Le Pen ?
L’inventeur de la "fracture sociale" annonce un "triomphe de Le Pen"
Après la "fracture sociale", le "pas de côté de la classe moyenne" sera-t-il à l’origine d’un formidable séisme politique à l’occasion de la présidentielle ? C’est ce que semble penser un des hommes dont le rôle a été le plus déterminant dans le choix du thème central de la fameuse campagne de Chirac en 1995 : Emmanuel Todd.
Ce penseur indépendant fut non pas l’inventeur du concept de "fracture sociale" du moins le propagateur, le vulgarisateur de cette idée du philosophe et sociologue Marcel Gauchet. Vagabond idéologique, proche des porteurs de valise du FLN, Marcel Gauchet, après s’être frotté au marxisme, au maoïsme, à l’anarchisme, au situationnisme, théorisa l’histoire alternative, et finalement se rallia au structuralisme au contact de Pierre Nora. L’un des premiers, il tenta d’expliquer la progression des idées du Front National avec, prudence est mère de sûreté, toutes les précautions et réserves qu’exige le conformisme ambiant : « Un mur (…) s’est dressé entre les élites et les populations. Entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pans des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur. »
C’est cette idée dont Chirac s’empara pour sa campagne pour détourner l’électorat populaire et moyen de "l’ignoble" par un discours prononcé le 17 février 1995. Personne n’aurait pu imaginer ces mots dans la bouche d’un politicien qui, depuis trente ans alors, avait occupé tous les postes de pouvoir, depuis celui de député de la majorité jusqu’à celui de Premier ministre d’un Président libéral et d’un autre socialiste, en passant par le fauteuil doré de maire de Paris : « … la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la Nation supporte la charge. La "machine France" ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français. »
D’aucuns penseront qu’un tel constat établi par l’un des principaux responsables du dysfonctionnement dénoncé faisait montre de trop d’impudence pour être accepté par ses destinataires.
Pas du tout ! Chirac fut élu, preuve s’il en fallait que Todd ne manquait pas de clairvoyance puisque, dans le même discours tenu voilà onze ans, Chirac avait prophétisé : « Dans les banlieues déshéritées règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d’études incertaines, ils finissent par se révolter. Pour l’heure, l’Etat s’efforce de maintenir l’ordre et le traitement social du chômage évite le pire. Mais jusqu’à quand ? »
Huit ans plus tard, il ajoutait un couplet à sa chansonnette : « cette fracture sociale (…) menace de s’élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse… »
Deux ans après, c’était les émeutes de la racaille que Sarközy avait menacé du Kärcher. On mesure là l’extraordinaire canaillerie intellectuelle de Chirac qui, ayant parfaitement compris ce qui se préparait, n’avait rien fait pour prévenir la catastrophe ni même pour y remédier d’une façon rapide et efficace. Nullité politique, paresse, incompétence, intérêt ?
Plutôt, et ce n’est pas incompatible, soumission au lobby qui compte que, soumis à leur tour aux violences de l’Intifada, les Français verront d’un œil plus indulgent l’apartheid instauré par l’Israël et qui applique le mot d’ordre d’un de ses chefs, Edmond de Rothschild : « Le verrou qui doit sauter, c’est la nation. »
Mais c’est perdre son temps que d’essayer de démêler les motivations du Hanneton. Mieux vaut tirer profit de la clairvoyance d’un Emmanuel Todd et, sans pour autant l’ériger en maître à penser, tirer la leçon d’événements qui ont confirmé ses analyses.
C’est d’autant plus avisé qu’au mois d’août dernier, dans l’indifférence à peu générale d’un pays en vacances, Todd avait livré au Point ses dernières réflexions sur la situation à dix mois de la présidentielle.
Son point de départ était le même qu’en 1994 quand, dans une note publiée par la Fondation Saint-Simon, il avait imputé les « origines du malaise politique français » à un début de rupture entre ce qu’un Attali appelle "les élites mondialistes" et les classes moyennes qui semblaient de moins en moins réticentes devant le "populisme identitaire". Sept ans plus tard, le divorce était consommé par la présence au deuxième tour de la présidentielle d’un homme que tout l’établissement avait, depuis trente ans, accablé d’interdits et de malédictions : Le Pen. La mobilisation des enfants des écoles montra le degré de terreur du système qui parvint à faire jouer une dernière fois les vieux réflexes.
Mais, en 2005, le refus de la classe moyenne de voter la Constitution européenne en dépit des objurgations et menaces de la mafia politico-médiatique, montrait que, décidément, le rejet de la classe politique était complet. Et comme la campagne avait retenti des prévisions les plus apocalyptiques en cas de victoire du Non, chacun pu constater que rien ne se passait, la défiance des Français à l’endroit de leurs "élites" s’en trouva accrue.
Loin de leur inspirer une réflexion voire une repentance, cette perte de confiance pourtant palpable n’a suscité chez les "classes dirigeantes", qu’un entêtement, une surdité, un aveuglement qui ont enfermé cette oligarchie dans ce que Jean-François Kahn a appelé la "Bullocratie" et qui empêche le pouvoir d’agir sur les événements. Ainsi l’incapacité pour les pouvoirs politique, médiatique, policier et judiciaire enfermés dans un unique discours circulaire, de comprendre la vraie nature des émeutes des banlieues a paralysé le système.
Prosternés devant les ukases du politiquement correct, les "dirigeants" refusent aujourd’hui encore de reconnaître l’évidence que les émeutes de novembre 2005 et leurs répliques un an plus tard ne sont pas une insurrection de la misère mais une action de guérilla.
Cette stratégie a été engagée par la pègre ethnique pour interdire "ses" territoires aux représentants de l’ordre, et constituer ainsi de véritables sanctuaires ou prospère une économie souterraine criminelle qui assure la subsistance de cités entières. Les classes populaires et moyennes qui, elles, sont au contact des réalités de la violence ethnique et qui subissent, au nom du principe de sécurité, de la santé publique, une limitation sans cesse plus pesante des libertés, font des comparaisons et mesurent la disproportion entre la faute et la sanction selon la nature du coupable.
Un seul exemple : pas un politicien ne semble s’aviser que la "double peine" supprimée pour des criminels immigrés est imposée aux contrevenants français qu’on prive de leur permis de conduire après leur avoir infligé une amende(1).
Il voit bien, l’indigène, que l’Etat qui tolère les exactions d’une pègre allogène qui organise son insolvabilité, envoie les représentants de la force publique contre le contrevenant solvable comme autant de chiens de chasse avec mission de "rapporter".
Il voit bien que les flics dont on nous dit qu’ils ne sont pas assez nombreux pour assurer l’ordre dans les cités, sont six derrière une paire de jumelles radar pour rançonner l’automobiliste qui dépasse la vitesse limite.
Il voit bien que les brigades qui traquent la ceinture oubliée sur le périphérique opèrent à trois mètres de trafiquants de drogue qu’ils font semblant de ne pas remarquer.
Il voit bien, et les photographes de Paris Match l’ont prouvé, que pour contrôler les papiers des prostituées réduites en esclavage par les maquereaux arrivés d’Europe de l’Est, les policiers vont poliment consulter les passeports qu’un porte-flingues chargé de la surveillance du bétail humain garde dans sa voiture garée à proximité. Il voit si bien tout cela qu’aujourd’hui, il s’apprête, selon Todd, à renouveler la démonstration donnée en 1789, puis en 1917 et enfin dans l’Allemagne pourrie de Weimar, que les classes moyennes, tirée de leur endormissement, réussissent les révolutions où le prolétariat, quoi qu’en disent les marxistes, ne parvient qu’à se faire massacrer sur les barricades comme en 1830, en 1848 ou lors de La Commune. Cette menace épouvante les "élites" à qui la perspective de perdre le pouvoir et ses privilèges donne des visions d’épuration et de représailles. On le sent à l’agitation que provoque, par exemple, l’idée actuellement discutée d’instaurer une responsabilité pénale des magistrats qui, en cas de faute professionnelle seraient traités comme un chauffeur de bus responsable d’un carambolage. Ou encore la proposition ségolénique de jurys populaires désignés par le sort et chargés de contrôler et sanctionner les élus.
Du coup, comme le prouve l’intolérable magouille des signatures d’élus, les classes dirigeantes tentent d’empêcher la population de s’exprimer librement par le suffrage universel. Les préfets de Sarkö menacent par exemple des pires représailles les élus locaux qui signeraient pour Le Pen.
Mais le mouvement est désormais lancé. Ayant osé mépriser les objurgations, les menaces et les sarcasmes de la mafia mondialiste en disant "non" au référendum sur la Constitution européenne, l’électeur pourrait bien n’être plus impressionné du tout par l’interdit "moral" que des canailles, des corrompus et des voleurs réélus par combine ont l’impudence de proférer contre Le Pen. Emmanuel Todd, qui avait pronostiqué que la "fracture sociale" assurerait l’élection de Chirac, ose en tout cas parier sur ce qu’il appelle une "menace" : « Au stade actuel, je pronostique un second tour entre le Parti socialiste et le Front national ».
On s’en voudrait, vraiment, de lui donner tort.
Igor Veroff
1. Le permis français étant le seul à points, le contrevenant titulaire d’un permis étranger garde intégralement son droit de conduire en France.
Article paru dans le Libre Journal